Sorcières, de Mona Chollet, précieux et vertigineux

Préambule : J’avais commencé ce billet de blog juste après avoir lu (ou plutôt dévoré) le nouveau livre de Mona Chollet juste après sa sortie, il y a donc plus de trois mois… Puis je l’ai laissé de côté sans le terminer. Et j’ai l’impression que, durant ces quelques mois, ce livre a connu un fantastique succès (mérité). J’avais pour ma part sans doute autant aimé « Chez soi », le précédent ouvrage de l’auteure, mais il ne rencontrait peut-être pas autant les préoccupations de l’époque. Bref, Sorcières n’a donc sans doute pas besoin de visibilité supplémentaire surtout à ma modeste échelle mais je vais quand même en parler ! D’ailleurs, c’est davantage un partage personnel qu’une critique de livre. Beaucoup moins approfondi qu’espéré au départ mais mieux vaut un billet imparfait PUBLIé qu’un parfait qui restera aux oubliettes !!!

J’avais adoré les deux derniers livres de Mona Chollet, qu’il s’agisse de Chez soi ou de Beauté fatale. Je lui trouve un très grand talent  pour accumuler un nombre incroyable de lectures, d’informations, de réflexions, les confronter et en tirer une analyse claire, profonde et accessible, en y intégrant son expérience personnelle. De plus, elle choisit des sujets rarement traités ou en tout cas pas de façon aussi transversale.

Dans Sorcières, la puissance invaincue des femmes (le titre est loin de révéler toute la richesse du livre, le sous-titre déjà davantage), Mona Chollet nous raconte d’abord à quel point les femmes ont été maltraitées voire poursuivies et exécutées dès lors qu’on leur prêtait des pratiques jugées maléfiques. Ce qui a donné lieu à de terribles chasses aux sorcières loin d’être cantonnées au Moyen-Age comme on le croit souvent. Alors qu’il ne s’agissait le plus souvent que de pratiques qui sortaient des normes admises, par exemple des pratiques de soin en lien avec la nature, des rituels… Le nombre d’exécutions que cela représente et le temps que cela a duré sont tout simplement terrifiants.

Mais Mona Chollet, à partir de ce volet historique, explique aussi combien on peut facilement être une « sorcière » contemporaine, disqualifiée aux yeux de la majeure partie de la société, dès lors qu’on s’éloigne de « la bonne façon » de se conduire. Cette « bonne façon » étant assez étroite malgré la libération des moeurs qu’on imagine avoir acquise.

Je ne me suis jamais sentie être une sorcière ! Et je ne me pense pas si atypique que cela. Quoique, peut-être, derrière la surface… ?! En tout cas, je n’ai pas l’impression de vivre en marge. Et parallèlement, je ne me sens pas contrainte par les standards de la société. Ou alors, c’est inconscient. Quoi qu’il en soit, les thèmes qu’elle approfondit et associe à la figure de la sorcière m’ont parlé forcément :

  • Indépendante : je suis en couple avec bonheur depuis plus de vingt-cinq an mais nous ne sommes ni mariés ni pacsés, nous préservons d’un commun accord une belle indépendance et une liberté d’action : nous passons beaucoup de temps ensemble par pure envie mais chacun a aussi ses activités propres, son temps personnel, son budget, …
  • Sans enfant : depuis aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu de sérieux désir d’enfant. Ce n’est pas faute d’avoir joué à la poupée, petite fille ! J’ai dû probablement y penser dans mes jeunes années comme à quelque chose de normal, genre conclusion des contes de fée ou norme de la société, mais cela n’a pas été beaucoup plus loin que ça. Contrairement toutefois à ce qui est évoqué dans le livre, je n’ai pas subi de pression, de reproches ou d’insistantes questions. Peut-être est-ce dû au tempérament plutôt discret de mes parents et qu’ils ont espéré en silence ! Il y a eu quelques interrogations d’amies bienveillantes sur mon choix, se questionnant elles-mêmes, curieuses d’un partage d’expérience. Peut-être certain(e)s me trouveront égoïste ou pas vraiment épanouie car j’aurais raté l’expérience ultime de la femme…Pour ma part, je n’ai aucun regret à ce jour, bien au contraire, et je suis très heureuse de ma vie. Et Mona Chollet nous enjoint de ne pas juger autrui et de ne pas projeter la vie dont on rêve sur les autres… Elle estime, elle, qu’il reste un tabou sur ce sujet. J’ai l’impression que cela bouge un peu et je connais un certain nombre de femmes sans enfant très bien dans leur vie.
  • Agée : je ne me sens pas du tout âgée même si certaines catégories dans lesquelles on veut nous ranger pourraient me qualifier de senior ! Je me sens dans ma tête pas vraiment en phase avec mon âge réel. Mais je vois les années passer sans stress particulier, je n’utilise pas de crème anti-rides, j’observe tranquillement quelques cheveux blancs s’incruster sans hâte. Peut-être est-ce plus facile d’accepter cette réalité car je ne me suis jamais teint les cheveux ? Je ne juge pas celles qui usent de produits anti-vieillissement mais ne soyons pas dupes du poids du marketing sur ces injonctions à ne pas vieillir. Pourquoi vouloir retenir la jeunesse à tout prix ? Pourquoi ne pas accueillir tranquillement, avec curiosité, l’avancée des années et ses signes physiques, indices d’un chemin parcouru, d’une maturité ? Ne négligeons pas le pouvoir que nous avons, en affirmant notre différence, de changer la perception de la société (cf les cheveux blancs de la journaliste Sophie Fontanel). Je me sens aujourd’hui beaucoup plus heureuse qu’à vingt ans ! Bien sûr, je redoute un peu la dégradation pénible physique et mentale du très grand âge mais je n’en suis pas là, on verra bien ! Et, soyons clairs, accepter de vieillir sans lutter ne veut pas dire se négliger ! A tout âge, on peut prendre soin de soi, bien manger, bouger, bref continuer à penser à SAM.

Le chapitre le plus passionnant et assez vertigineux est pour moi le dernier, consacré à la médecine. Il montre, et j’avoue, je n’avais pas une conscience claire de ce phénomène, à quel point les femmes ont été spoliées de leur savoir issu de la nature et de l’expérience, et chassées du domaine scientifique dont elles n’étaient pas jugées dignes. Mona Chollet assemble les pièces d’un puzzle qui a tout son sens pour nous montrer combien la médecine déshumanisée et mécanique s’est faite sans les femmes. Et elle émet le souhait de réconcilier le soigner et le prendre soin. Et de redonner une place à la nature et à ce qu’elle peut apporter au soin. Sans en faire la panacée de toutes les maladies évidemment. Je me sens tellement en phase avec cette nécessité, et, comme dans le reste de mon travail, il me paraîtrait sage de trouver une voie du milieu où le médical pur et les médecines alternatives avec leur apport spécifique (consolidé par des études qui attesteraient de leurs bienfaits), où l’humain et le technique, vivraient en bonne intelligence…

Et plus globalement, évidemment, avancer vers un monde où les femmes, quels que soient leur corps, leur âge, leurs convictions, leurs choix, leur comportement, seraient libres de vivre comme elles l’entendent sans être jugées ou maltraitées…

Et vous, avez-vous lu Sorcières ? Qu’en retirez-vous ?

 

4 réponses
  1. Marina
    Marina dit :

    Bonjour,
    J’ai lu Sorcières, j’avais lu Beauté fatale également, je trouve les livres très connectés, évidemment sur la partie concernant les injonctions à la jeunesse.
    Comme vous le dites très bien, Mona Chollet a le talent pour synthétiser et clarifier ses nombreuses recherches.
    Ses propos ont énormément résonné pour moi, je suis indépendante, sans enfants et j’ai bien, bien senti la pression sociale ! Que de fois ai-je été sommé de me justifier sur le fait de ne pas souhaiter épouser mon conjoint, on m’a même interrogé sur mon refus d’avoir un compte commun (mais qui ça regarde ???) et alors sur mon non-désir d’enfant… Ça commence à se calmer, j’ai 43 ans, ça devient tellement improbable que les gens finissent par laisser tomber :o) Mais j’ai eu droit à tout, on m’a traité d’égoïste, on m’a dit que mon horloge biologique allait se manifester, on m’a dit que j’allais regretter, des gens que je connaissais à peine se sont permis de me suggérer de réfléchir et d’interroger mon rapport avec ma mère…
    Je commence à peine la partie cheveux blancs et rides, je n’ai aucune envie d’échapper au processus, mes premiers cheveux blancs m’ont émerveillée mais je me prépare au jugement. Plus sereine que quand je devais l’affronter plus jeune parce que je me sens aussi plus complète, plus sûre de moi même s’il me reste du chemin. Mais désormais je l’envisage avec optimisme.
    Quand à la partie concernant la médecine, je souscris totalement à la proposition, il est nécessaire d’ajouter du prendre soin et d’envisager le patient ou la patiente dans son « entièreté ». Nous ne sommes pas des machines, notre esprit et notre corps sont connectés, il faut s’occuper des deux. Pour ma part je trouve même que le corps féminin est pris en otage par la médecine, nous sommes constamment scrutées, on nous impose des suivis gynécologiques quelques fois superflus, encore une façon de nous contrôler. Je suis tombée des nues quand j’ai lu les écrits de Martin Winckler, je vous le conseille si vous ne connaissez pas déjà.
    En bref, lire Mona Chollet me fait toujours réfléchir, voir le monde autour de moi plus clairement et me réconforte aussi, je me sens moins seule ! Je suis contente de vous lire aussi, merci !
    Marina.

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    • Ariane Grumbach
      Ariane Grumbach dit :

      @Marina bonsoir, un grand merci pour votre commentaire et votre témoignage, j’espère que les années qui viennent seront sereines pour vous. Oh oui je connais et suis fan de Martin Winckler, je connais son travail et ses publications autour de la gynécologie et pour la défense du corps des femmes et j’ai lu avec bonheur un grand nombre de ses romans. Bon week-end

      Répondre

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