Ariane Grumbach l'art de manger

La passion, le temps, la liberté, l’argent

Quel titre, quel programme ! J’avais en tête depuis un bon moment un billet sur ce thème, resté au stade d’ébauche, et la lecture d’un article de blog de Lili Barbery-Coulon sur sa nécessité de ralentir m’a donné envie de finaliser.

Vous le savez, depuis dix ans, je fais un métier qui me passionne, métier que j’ai choisi en toute liberté. J’ai renoncé pour cela à une activité fort bien rémunérée de consultante-manager, mais dans laquelle je m’ennuyais et qui manquait de sens pour moi. J’ai désormais trouvé ma place, mon ikigai comme dirait mon amie Christie.

Outre mon intérêt inépuisable pour le comportement alimentaire et ses déterminants, pour la relation de chaque personne à son histoire alimentaire, j’apprécie énormément la liberté que ce métier m’apporte. Liberté de l’indépendance, d’être sa propre patronne, liberté des choix d’activités liées à ce métier, liberté des jours et des horaires (hormis évidemment une fois que les consultations sont fixées !), liberté de dire oui ou non à des sollicitations. Et aussi, liberté de dire ce que je pense de tel produit, lieu, aliment… J’essaie de m’informer de manière complète et avec une diversité des points de vue dans les domaines qui me concernent pour ne pas parler de façon simpliste de sujets complexes. Et, sauf très rare exception, j’utilise ma liberté pour valoriser et féliciter des gens qui travaillent bien, qui m’ont régalée, réjouie, intéressée… Si on m’a fait goûter un aliment, un produit que je n’apprécie pas, que j’ai mal mangé dans un restaurant, je m’abstiens d’en parler.

Ariane Grumbach l'art de manger

Quand j’aime, j’en parle librement (de Mokonuts par exemple)

Régulièrement, je me dis que je tiens vraiment à cette liberté. Et je la préfère à davantage d’argent. Ainsi, on m’a proposé plusieurs fois de jouer un rôle de conseil nutritionnel pour des entreprises alimentaires, dans divers domaines. Et j’ai refusé, j’ai renvoyé sur des collègues diététiciennes compétentes sur ces sujets. Outre le fait que ce ne sont pas des activités qui me passionnent (élaborer des recette équilibrées ou évaluer les bienfaits nutritionnels de produits par exemple), je n’ai aucune envie de me sentir restreinte dans ma liberté de parler éventuellement d’un produit ou un aliment. Ou être suspectée de le faire de façon biaisée. Ainsi, quand je suis passée pour la première fois dans l’émission Grand Bien Vous Fasse, Ali Rebehi, l’animateur, m’a demandé si j’avais des conflits d’intérêt. Eh bien non, aucun ! Et je compte bien continuer ainsi. Il m’a avoué que c’était rare, beaucoup de médecins nutritionnistes travaillant pour de nombreuses marques ou des groupements. Je ne juge pas, je suis consciente que les marques ont aussi besoin d’experts. Mais peut-être certains multiplient-ils beaucoup les prestations. Et quelle est ensuite la crédibilité du professionnel de santé s’il décide de parler du domaine pour lequel il travaille ?

Je perds peut-être ainsi un apport d’argent, c’est supportable. Je ne gagne pas des sommes gigantesques (via les consultations et quelques interventions en entreprises ou associations) mais comme je l’ai déjà raconté, j’avais avancé dans la sobriété joyeuse, en parallèle de mon changement de vie professionnel. Et je suis convaincue qu’à partir d’un certain seuil pour couvrir ses besoins de base et aussi ses domaines d’intérêt (livres, voyages, restos…), ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur…

Par ailleurs, j’ai réfléchi aussi à la question du temps disponible. Depuis que je me suis lancée dans cette activité, où je partais de zéro, sans aucun contact ou réseau, j’ai essayé de me faire connaitre afin de développer ma clientèle et de faire connaitre mon approche de l’alimentation et de la minceur.  Je communique, je réseaute, je continue à me former. Tout cela m’a permis de vivre raisonnablement de cette activité. Et pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Le blog, la présence sur les réseaux sociaux, le livre, maintenant le podcast

Ariane Grumbach l'art de manger

D’abord pour le plaisir je crois. Tout cela m’a permis un nombre de rencontres plaisantes, passionnantes, enrichissantes, incroyable. Bien sûr, il est important aussi de maintenir/développer ma notoriété pour continuer à accueillir de nouveaux patients. Je crois aussi, sans avoir d’illusions excessives sur mon impact, que ce n’est pas seulement cela. J’ai envie aussi de faire passer des messages, de contribuer à mon échelle, à développer la compréhension des méfaits des régimes, à lutter contre l’obsession de la minceur ou de l’alimentation hyper-saine quasi orthorexique. En même temps, je me dis que je n’ai pas envie de devenir trop célèbre ! (j’ai de la marge !). D’être trop sollicitée. Bien sûr que je pourrai travailler plus, me mettre la pression, multiplier les activités. Mais je n’ai pas envie de voir mon agenda déborder, de recevoir des patients 12 heures par jour, de m’épuiser. J’entends, tout en restant passionnée, profiter de la vie, avoir du temps pour moi et mes proches, dormir autant que nécessaire… Je sais que ce n’est toujours facile de trouver cet équilibre. Quand on est très sollicité(e), on peut être tenté(e) d’accepter beaucoup de projets. Question d’argent, peur du lendemain, besoin de reconnaissance ? Le psychothérapeute belge Thierry Janssen avait raconté il y a quelques années qu’étant sans cesse sollicité à droite à gauche pour parler de son travail et ses convictions, il s’était retrouvé épuisé en incohérence avec ce qu’il proposait aux autres. Il s’est penché sur ce qui le faisait « courir » ainsi, sur le rôle de son ego, et a changé sa façon de travailler. Pour ma part, je crois que la paresse est toujours une bonne protectrice des excès de travail… Je sais par ailleurs très bien dire non ! Du coup, je crois être pas trop loin de l’équilibre qui me convient. Avec encore des progrès à faire dans l’allocation de mon temps bien sûr !

Et vous, comment trouvez-vous un équilibre entre ces différents aspects ?

10 réponses
  1. Albertini
    Albertini dit :

    Votre billet intelligent et sensible me fait penser à un mot : équilibre.
    En effet, vous semblez avoir trouvé aux travers de vos différents choix votre équilibre tout comme vous devez travailler avec vos patients sur leur équilibre alimentaire, ou plutôt équilibre corporel – cérébro- alimentaire si si je puis me permettre ce raccourci avec les mots que j’ai trouvés. Peut- être que dans quelques années votre ligne d’équilibre variera de quelques degrés, on ne peut pas tout prévoir et heureusement.
    Pour ma part j’ai ressenti pour plusieurs raisons quelques années avant d’avoir les annuités pour partir en retraite l’envie et le besoin d’arrêter un travail qui m’avait passionné tout au long de ma carrière. Autour de moi ma décision n’était pas toujours approuvée mais mon mari m’a soutenue, nous avons vécu plusieurs années avec son seul traitement, nous avons calculé au plus juste mais aujourd’hui, je ne regrette pas du tout : la disponibilité, mot que j’emploierai plutôt que la liberté, est une richesse en soi.
    Merci beaucoup pour toutes vos publications et bon chemin de vie.
    Anne A

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  2. carolinelamalouine
    carolinelamalouine dit :

    Rester fidèle à ses aspirations est une chose des plus difficile à réaliser aujourd’hui. Nos modes de vie en générale nous poussent vers le toujours plus… j’aime votre façon d’envisager et de vivre: la liberté de penser et donc d’agir. Merci pour votre billet.

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