Si vous suivez ce qui se passe autour du coronavirus, vous avez sans doute lu/entendu l’information selon laquelle parmi les personnes atteintes de formes sérieuses du virus et hospitalisées en réanimation, il y a beaucoup de personnes (majoritairement des hommes) obèses. L’atmosphère est déjà source d’anxiété pour beaucoup de personnes, je crains que cela en rajoute pour les personnes grosses. Que faut-il en penser ?

D’abord, toutes les personnes grosses sont différentes, donc leur santé aussi.  Par exemple, certaines ont une très bonne hygiène de vie (alimentation saine, activité physique, analyse de sang standard …), d’autres ont beaucoup de stress, une alimentation riche et industrielle, sont très sédentaires.

Ensuite, il ne faut pas confondre corrélation et causalité. On constate que beaucoup de personnes atteintes de formes sévères sont obèses. Cela ne permet pas, à ce stade, de conclure que, d’un point de vue physiologique, l’obésité serait LA cause de la fragilité accrue. Il arrive souvent que la situation d’obésité soit accompagnée d’autres difficultés de santé (diabète, syndrome métabolique, hypertension artérielle, pathologie cardio-vasculaire, etc.). Il est complexe pour l’instant de faire la part du surpoids en tant que tel et d’autres pathologies associées chez l’individu.

Au moment où on a commencé à évoquer le sujet, le médecin Axel Kahn, invité sur France Culture, faisait deux hypothèses : les personnes obèses auraient souvent des capacités respiratoires diminuées et il se peut que cela les fragilise face au virus. D’autre part, des mécanismes inflammatoires se développent souvent dans l’organisme d’une personne grosse, ce qui pourrait notamment diminuer les défenses immunitaires. Il y a eu aussi notammenet une revue de ces hypothèses dans Sciences et Avenir.

Les personnes grosses ne doivent pas s’inquiéter exagérément de ces informations : si, comme tout le monde, elles respectent les règles du confinement et les gestes barrières, elles ne courent pas plus de risques que les autres. En revanche, il est probable qu’un certain nombre d’entre elles rencontreraient des difficultés plus importantes si elles étaient atteintes par le Covid-19. Il est possible que la question de la reprise du travail se pose. Là encore, je crois qu’il ne faut pas généraliser : chaque situation professionnelle est différente. Il peut être utile de solliciter un médecin de confiance (bienveillant) pour vérifier si on a un risque particulier.

Peut-être que la diffusion de ces informations va susciter un sentiment d’urgence, entrainer un déclic de motivation à perdre du poids, objectif que beaucoup abandonnent par découragement face au nombre de kilos à perdre, aux échecs passés, au sentiment de ne pas être compris(e), … Pourquoi pas ? Mais l’éventuelle inquiétude suscitée par ces informations, dans un contexte déjà complexe, ne doit surtout pas inciter à se mettre au régime. Pour mémoire, non seulement LES REGIMES NE MARCHENT PAS mais ILS FONT GROSSIR. D’ailleurs, la plupart des personnes obèses le savent, car elles ont fait moult régimes sans succès. Peut-être un peu moins les hommes gros ceci-dit.

J’espère vivement d’ailleurs qu’on ne va pas assister à une recrudescence de la pression à perdre du poids avec des méthodes simplistes de la part des médecins, au prétexte de cette pandémie.

Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à perdre du poids. Mais il s’agit éventuellement de le faire à votre rythme, en commençant par comprendre les causes de votre surpoids (cf ma méthode 4C). Puis vous faire éventuellement accompagner par le bon thérapeute afin de travailler sur ce qui pourrait vous faire perdre du poids (quantités habituelles, relation émotionnelle à la nourriture, type d’alimentation, sédentarité…)

Comme toute personne, si vous êtes en surpoids ou obèse, vous bougez probablement moins que d’habitude actuellement. Essayez d’écouter votre appétit, ce qui peut éventuellement vous conduire à manger moins que d’habitude. Et vous pouvez écouter le 39e épisode de mon podcast, BCBT Le Podcast, consacré au confinement.

L’AFERO (Association Française d’Etude et de Recherche sur l’Obésité) a par ailleurs publié un guide pratique Covid-19 et obésité.

 

Visuels Mohamed Hassan via Pixabay

5 réponses
  1. Celine
    Celine dit :

    Bonjour,
    Merci pour cet article!
    Pour ma part, quand j ai vu que les personnes avec un IMC supérieur à 40 étaient sur la liste des personnes à risques, j ai commencé à m inquiéter (mon IMC est de 35). Puis, quand ils ont rabaissé l IMC « limite » à 30: grosse angoisse, qui sait un peu apaisée depuis.
    Ce facteur de risque a été un électrochoc pour moi : même si je le savais intellectuellement, j ai pris conscience de l intérieur, avec mon corps et mon âme, qu il serait bénéfique pour moi de me délester de certains kg. Depuis je mange moins, j ai beaucoup moins faim, et je mincis un peu (je n ai pas de balance). Je me dis que ce virus m aura au moins servi à cette prise de conscience là.
    Après cette période d épidémie, à moi de rester sur cet axe. La difficulté sera là je pense. Je pense y travailler avec un psychologue, à défaut d une personne affiliée au GROS (ce qui serait le mieux) car il n y en a pas dans ma région.
    Vos articles et podcasts sont vraiment très intéressants et bienveillants: cela fait du bien!

    Répondre
    • Ariane Grumbach
      Ariane Grumbach dit :

      Bonjour Céline, merci beaucoup pour votre commentaire, c’était exactement le but de l’article, ne pas stresser mais montrer que cela peut donner peut-être lieu à une prise de conscience. NB : si vous ne trouvez pas d’accompagnement dans votre ville, je serais ravie de vous proposer un accompagnement à distance. Je demandais jusqu’à présent un premier rv en face à face mais je suis en train de réfléchir à assouplir ce principe en faisant appel à la video. Bonne journée

      Répondre
  2. Evelyne
    Evelyne dit :

    Il ne manquerait plus que nous rajoutions le stress de la culpabilité au stress que peut générer le confinement, et l’après-confinement tout aussi anxiogène tellement il contient d’inconnu…
    Merci pour ce billet et bon week-end !

    Répondre
  3. Agnes
    Agnes dit :

    Bonjour Ariane,
    J’ai constate qu’avec le confinement on bouge beaucoup moins et j’ai pris du ventre (pas de poids).
    Est ce que vous avez des astuces pour « gerer » ce probleme?
    Merci

    Répondre

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.