Il y a quelques semaines, je participais à une formation autour de l’acceptation du poids d’équilibre, plus précisément d’un poids d’équilibre « inacceptable », et, plus globalement, comment transformer la relation à soi. Ce fut très intéressant. On a notamment parlé de la pression sur la silhouette que s’imposent les femmes très perfectionnistes, qui veulent « cocher toutes les cases » de la réussite (cf le 24e épisode de BCBT Le Podcast sur le perfectionnisme) et de l’épuisement que cela génère. Cette pression sur le poids et la fatigue de cumuler de multiples charges occasionnent très souvent des craquages alimentaires. Avec la culpabilité associée, l’autocritique de ne pas arriver à tout réussir.

Cela m’a rappelé une patiente d’il y a quelque mois. Une femme d’une quarantaine d’années, avec un métier à responsabilités très prenant, deux enfants, consacrant beaucoup d’énergie à la vie familiale et à l’entretien de la maison (la femme perfectionniste a souvent du mal à accepter une maison mal rangée ou pas impeccablement propre…). Tout cela constituait un ensemble épuisant, sans aucun temps pour elle-même, avec la conséquence de nombreux grignotages le soir. Parce que ces moments constituaient :

  • une soupape pour décompresser de la journée,
  • le seul moment qu’elle pouvait avoir pour elle-même,
  • le seul plaisir qu’elle s’octroyait.

Tout en culpabilisant de ne pas arriver à se maîtriser et de prendre du poids.

Quand elle est venue me consulter, elle était assez désepérée, elle avait l’impression d’être coincée dans cette vie où chaque minute était comptée, sans aucun levier pour changer.

On a travaillé bien sûr sur l’alimentation, sur la reconnexion à ses sensations alimentaires, sur la conscientisation de sa relation émotionnelle à la nourriture qui la faisait grignoter à répétition. Mais aussi sur la recherche de degrés de liberté. Ne plus se sentir autant coincée, dégager un peu de temps pour elle et pour se faire du bien. Cela a commencé notamment par relâcher un peu la pression sur l’entretien de la maison, par simplifier l’organisation des repas sans mal manger pour autant. Elle a acquis peu à peu un sentiment de liberté accru (basé sur uenr éalité), davantage de temps disponible jusqu’à s’autoriser à partir seule pour quelques jours de vacances. Décision totalement inimaginable pour elle quelques mois plus tôt. Retrouver ainsi peu à peu une vie plus conforme à ses aspirations a permis de remettre la nourriture à sa juste place.

Dégager un peu de temps pour soi m’apparaît absolument vital pour ces femmes débordées que j’accompagne. Elles se sentent prisonnières et ce n’est évidemment pas facile de dégager de longues heures disponibles quand on cumule travail prenant et jeunes enfants.  En fait, il s’agit de rédéfinir ses priorités et de ne pas s’oublier, mais plutôt se remettre en tête de liste.

Prendre ainsi du temps pour soi ne veut pas dire rogner sur son sommeil, déjà souvent insuffisant. Il s’agit de trouver où l’on a quelques marges de liberté, en regardant aussi objectivement que possible son emploi du temps, de définir à la fois la forme que cela peut prendre et le moment le plus opportun. De déterminer s’il y a quelque chose d’autre à lâcher, abandoner, déléguer. Marcher quelques minutes en rentrant ou ressortir prendre l’air après le dîner, s’isoler pour lire, prendre une douche, pratiquer une activité manuelle qu’on aime et qui ne nécessite pas un énorme déploiement de matériel, … Chaque personne peut sans doute trouver, sans culpabilité, ce qui lui convient.

Le hasard a fait que, le soir même de cette formation, je partais en solo pour passer un peu plus d’une journée à Trouville. Une très bonne façon de m’octroyer justement du temps pour moi. Je ne compare pas ma situation à celle de cette patiente, je n’ai pas d’enfants, je peux organiser librement mon temps, j’ai un compagnon qui comprend ce type de besoin. Ce sont des choix de vie. Il me parait tellement essentiel que chaque femme puisse choisir librement la vie qu’elle a envie de mener (se marier ou pas, avoir des enfants ou pas, choisir son métier, partager les tâches ménagères ou pas…) et ne pas la subir. Bien des facteurs peuvent fausser cette liberté, des habitudes, des peurs, une éducation, des normes sociales, des contraintes financières (réelles ou supposées), …  Mais il n’est jamais trop tard pour se reconnecter à ses vrais désirs…

Bref, je suis partie à Trouville un vendredi soir de juin. Après avoir retrouvé le plaisir de marcher dans Paris sans contrainte lors du déconfinement, j’avais très envie de revoir la mer. (nous avions prévu un week-end en ce sens le 15 mars, forcément annulé en dernière minute…). Trouville faisait partie des destinations les plus faciles d’accès, je ne connaissais pas cette station balnéaire et j’ai été ravie de passer du temps tranquille sur la plage (surtout le vendredi soir et le samedi matin très tôt, avant le flot d’arrivants du week-end).

Je suis ainsi beaucoup restée en bord de plage à différentes heures mais j’ai aussi visité la (petite) ville, mangé plutôt correctement, notamment des crêpes, et aussi découvert avec plaisir une boutique de la marque La perle des dieux,  originaire de St Gilles Croix de Vie et non présente à Paris.

Et vous, arrivez-vous à dégager du temps pour vous ? Sous quelle forme l’envisagez-vous ? Comprenez-vous ce qui peut éventuellement bloquer cela ?

 

 

6 réponses
  1. Demay
    Demay dit :

    Tout est dit et si bien dit. Je commence à comprendre l importance de savoir prendre du temps pour soi pour ne pas s oublier, pour ne pas se délaisser. Ce soir j ai pris ces minutes pour vous lire car je sais que cela reste la clé du début du mieux-être. Je me reconnais tellement dans le portrait de cette patiente. J espère que cela deviendra une habitude. Il faut reconnaître que ce n est pas si simple même si cela devrait être une évidence. Un instant pour soi, pour se reconnecter avec son moi et pouvoir ensuite être bien avec les autres. On dit souvent que pour être bien avec les autres il faut d abord être bien avec soi-même. Merci pour vos partages, vos textes qui poussent à la réflexion pour ouvrir ce chemin du mieux être et de l épanouissement.

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  2. sophie i.
    sophie i. dit :

    Merci pour l’exposé si clair de la nécessité absolue qu’il y a à prendre un peu de temps pour soi pour aller bien (ou mieux) et ainsi être plus à l’aise pour assumer ses différentes tâches; j’ai pour ma part commencé par sanctuariser 1h30 de danse le samedi matin, et petit à petit, les enfants grandissant, lâché un peu sur le ménage. Prendre les transports pour aller au travail me prend aussi davantage de temps qu’utiliser ma voiture, plus rapide, plus flexible; mais me permet en contrepartie d’y lire les infos ou un bouquin, ou de penser, ou de ne rien faire! Et çà fait du bien. Il est vrai que cela devient plus facilement réalisable quand les enfants commencent à être autonomes.

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  3. Agnes
    Agnes dit :

    C’est tres bien dit. Pendant 25 ans j’ai vecu tout cela. Je regarde maintenant ces 25 ans et je ne sais meme plus qui je suis ou ce que j’aime. Je trouve que votre billet est une bonne prevention et surtout un bon equilibre
    Merci de partager!

    Répondre

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