J’avais publié ce billet de blog il y a fort longtemps et il a disparu, l’ai-je supprimé par mégarde ? Mystère ! J’y ai répensé suite à une newsletter de Géraldine Dormoy où elle parlait de sa façon « anormale » de manger et ce qu’on pourrait en penser.

J’avais découvert Luigi Cornaro, italien du 16e siècle, au début de ma vie de diététicienne. Il est célèbre (enfin, tout est relatif…) car il est mort à 102 ans après avoir prolongé sa vie en bonne santé grâce essentiellement à l’alimentation : il a écrit un texte à ce sujet : « De la sobriété – Conseils pour vivre longtemps ».

On me l’avait présenté sous cet angle de la sobriété, donc mangeant très peu de façon très raisonnable. Un chantre de la restriction, ai-je donc pensé. Très peu pour moi ! Mais j’ai été un peu plus loin et j’ai lu ses écrits. En fait, je l’ai trouvé plus proche de mon approche que je ne l’imaginais car il prône avant tout… l’écoute de soi ! Ses principes concernant l’alimentation peuvent en fait se résumer en deux mots : quantité et qualité.

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En effet, il explique qu’il a passé beaucoup de temps à déterminer la quantité de nourriture dont il avait besoin (beaucoup moins que ce qu’on lui recommandait) en étant très à l’écoute de son corps, de sa faim et de ce qui le rassasiait. Un proverbe lui est cher (il pourrait intéresser les personnes qui ont du mal à s’arrêter quand elles sont rassasiées) : « la nourriture qu’on s’abstient de prendre quand on a bien mangé profite plus que celle qu’on a déjà prise »…Ensuite, il parle qualité des aliments. Là encore, c’est une écoute très attentive, qui lui a pris beaucoup de temps, des effets des aliments sur son corps, qui lui a fait déterminer quels aliments conserver car ils convenaient à son tempérament et lesquels sortir au contraire de ses repas.

Il n’a aucun interdit a priori et seul l’impact des aliments sur son corps, sa forme, son énergie lui importe.  Il a d’abord essayé les aliments qui lui étaient agréables au goût mais il a renoncé à ceux dont le « mal » qu’ils lui faisaient était supérieur à ce plaisir. Parmi eux, le vin froid, certains poissons, le porc, les tourtes, les pâtisseries mais aussi les fruits, les potages de légumes… Voici en revanche l’alimentation qui a eu des effets si bénéfiques pour lui : la base, c’est du pain, la panade (un bouillon de viande qu’on mange avec du pain) ou un bouillon ou un potage ; puis de la viande : veau, chevreau, mouton, poulet, perdreau, divers gibiers ; des poissons de mer et de rivière : dorade, brochet, etc. Et s’il avait moins de moyens, ce serait tout simplement pain, panade et oeuf. On est alors loin des préceptes nutritionnels d’aujourd’hui, basés en principe sur des connaissances beaucoup plus scientifiques…

Attention, il ne dit jamais que ce sont cette quantité et ces aliments particuliers qu’il recommande de manger. Surtout pas ! Au contraire il pense que chacun est seul à pouvoir se connaître vraiment et chacun peut avoir des besoins différents. Et si cette alimentation lui a permis de vivre si vieux, ce n’était pas forcément le premier effet recherché, mais surtout d’être moins malade et davantage en bonne forme et plein d’énergie pour vaquer à diverses activités.

Il recommande de lutter contre les envies de manger des aliments nocifs : faudrait-il qualifier cela de régime restrictif ou d’attention pour soi ? Selon lui le bénéfice de bien-être et de forme est tellement important que cela en vaut la peine. Par ailleurs, le manger émotionnel est peu évoqué, mais c’est sans doute essentiellement un trait de notre époque.

Pour ma part, très souvent, quand un patient me pose une question sur les éventuels méfaits de tel ou tel aliment courant, je lui retourne la question « quel effet il vous fait à VOUS ? ». Car il y a peu de règles universelles.

Et vous, avez-vous déjà prêté une attention fine aux effets des aliments sur votre forme, sans vous soucier de tous les discours nutritionnels qui vous entourent ?

4 réponses
  1. Mélanie
    Mélanie dit :

    Je ne connaissais ni son nom, ni son travail… Quelle sagesse ! Et, en même temps, sa manière de voir l’alimentation semble plein de bon sens.

    Pour répondre à ta question de fin d’article : oui ! J’ai découvert que je digérais très mal le lait de soja et beaucoup d’autres laits végétaux… alors que je digère bien le lait (de vache) sans lactose. Quelle ironie… et leçon de vie, lorsqu’on connait mon métier 😀

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  2. Sarah
    Sarah dit :

    Très intéressant en effet. Il faut prendre en compte aussi le « contexte alimentaire » différent de celui d’aujourd’hui. Nous sommes beaucoup plus sollicités qu’hier et sujet à manger de façon compulsive.

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    • Ariane Grumbach
      Ariane Grumbach dit :

      Bonjour, bien sûr, l’environnement joue beaucoup et il est plus compliqué de se recentrer sur soi. En revanche, expérimenter pour trouver ce qui est bon pour soi reste passionnant

      Répondre

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