Bienvenue en 2055 ! Je vous en parle
Bienvenue en 2055 de Magali Reghezza-Zitt, paru récemment aux Editions du Seuil, m’a beaucoup intéressée. Je ne suis pas trop fan des livres sur l’effondrement, les dystopies, la décroissance… Je les trouve souvent trop théoriques ou complexes ou carrément déprimants. Rien de cela dans le livre de Magali Reghezza-Zitt et c’est ce qui m’a donné envie de le lire après l’avoir feuilleté. Le livre me parait important dans son projet et particulier dans son contenu.
Ce livre n’est pas une utopie mais, comme l’a indiqué l’autrice, mais une « fiction scientifique ». Elle s’appuie sur des données et projections scientifiques rigoureuses. Il est important car il permet de se projeter concrètement dans un futur où l’on a réalisé la neutralité carbone (un équilibre entre les émissions de carbone et l’absorption du carbone de l’atmosphère par les puits de carbone), où l’on est sortis de la dépendance aux industries fossiles. Ce qui n’est pas une mince affaire tant elles structurent nos vies depuis des décennies. Elle explique que cela passera par des choix politiques (autant que possible décidés démocratiquement), une réindustrialisation vers les domaines clés, davantage de sobriété, des changements profonds des métiers, ….
L’autrice montre ainsi que la transition n’est pas un problème écologique mais bien un problème de stratégie politique globale : quel monde veut-on pour demain ? Il y a une dimension primordiale de santé publique (ce monde doit être un monde vivable pour les organismes humains, où l’on ait à boire, à manger…) et des dimensions industrielle, énergétique, éducative, de consommation, de logement, transport … Elle s’élève ainsi contre l’idée que ce changement doit reposer sur les individus.
Dans ce monde de 2055, on subit quand même les conséquences irrémédiables de l’inertie des décennies précédentes : ainsi les températures se sont élevées, avec des conséquences matérielles : la vie, par exemple le rythme de travail, s’organise pour y faire face au mieux. Bien sûr, il faut avoir conscience que, pour atteindre la neutralité carbone, il ne s’agit pas seulement de réduire nos émissions internes à la France mais aussi celles générées par tout ce que nous consommons en provenance de l’étranger. Ainsi, sortir des énergies fossiles (pétrole gaz, charbon) signifie non seulement continuer à faire évoluer les transports, le chauffage, … mais aussi réduire drastiquement la place du plastique, prépondérante aujourd’hui, dans les emballages, les produits de consommation, les objets, le monde du travail, … et même les vêtements quand ils sont en fibres synthétiques.
Côté alimentation, elle imagine qu’on mangera davantage d’aliments locaux et de saison, davantage de légumineuses, moins de viande (et meilleure, française) et beaucoup moins de plats ultra-transformés. On aura moins de vêtements, de meubles, d’équipements, mais plus solides et réparables et éventuellement partagés. On va réemployer, recycler, miser sur la qualité au lieu de la quantité. Ce sera le retour du petit commerce pour limiter les déplacements. On aura besoin de métiers manuels : couturier, jardinier, menuisier, travail de la pierre, du bois, du métal, …
Ainsi, elle assure que la vie pourrait être bien plus agréable pour la population française : amélioration du pouvoir d’achat, emplois plus intéressants, baisse de la pollution, villes moins bruyantes, logements plus agréables, meilleure santé, … Loin du chiffon rouge de « l’écologie punitive ». Elle ne cache pas ceci-dit la difficulté du chemin pour y arriver, les conflits et choix que cela va générer. Bien sûr, le livre n’est pas exhaustif sur la question du chemin, l’idée est surtout d’imaginer 2055.
L’autrice a fait un énorme travail pour imaginer ce que pourrait être ce monde neutre en carbone. Et un très grand effort de pédagogie pour expliquer simplement des notions complexes. Avec des exemples, des images, des analogies, ce qui le rend vraiment accessible. Cerise sur le gâteau, il y a quelques très belles illustrations de Marc Bati.
En résumé, c’est passionnant et porteur d’espoir de se projeter ainsi en 2055 et, à la fois, je me dis que 30 ans, c’est vraiment court pour autant de changements sociétaux et structurels (dont sortir des énergies fossiles…) d’autant qu’on ne semble pas vraiment « prêts » côté monde économico-politique à tout changer… Je souhaite à cet ouvrage beaucoup de lectrices et lecteurs, et notamment chez nos décideurs !
Si vous voulez vous faire une idée, elle a donné une longue interview dans l’émission A l’air libre de Mediapart (disponible gratuitement)

Ou dans la Tête au Carré sur France Inter, où elle revient aussi sur son parcours.
Est-ce que vous auriez envie de le lire ? Ou vous l’avez déjà lu ?


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