Merveilleuse fête des sens dans l’assiette grâce à Kei et Rino

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Ariane Grumbach - L'art de manger

Fin mai, j’ai eu l’occasion de marquer une étape importante de ma vie de diététicienne reconvertie avec bonheur et forcément, vous me connaissez un peu, on fête ce genre de chose avec gourmandise.
Ayant envie de changement, de ne pas aller dans mes habituels restaurants favoris, j’ai sollicité la twittosphère gourmande. Super réactive, elle m’a donné plein d’idées intéressantes, certaines déjà bien connues, d’autres non, que j’ai notées avec intérêt. Mais rien ne créait l’étincelle souhaitée. Puis j’ai pensé à deux restaurants ouverts depuis 2-3 ans, donc que le buzz des foodistas laisse désormais tranquille. D’abord Kei (encouragée par Esterelle) mais j’ai reculé devant le prix des dîners et j’ai réservé pour un déjeuner quelques jours après la date clé. Du coup, je voulais un dîner le jour J et j’ai pensé à Rino, un restaurant dont j’avais entendu beaucoup de bien. Réservations faites sans difficulté, et nous voilà partis. 

Premier épisode : un dîner chez Rino, restaurant du chef Giovanni Passerini

J’ai décidé que c’était fête, donc on opte pour le « menu Rino » en 6 plats, style menu dégustation. Accueil sympathique, proposition détaillée de plusieurs vins pour moi qui souhaite un verre de vin blanc. Puis les délices se succèdent (en résumé) : des agnolotti à la seiche, avec lardons, petits pois et menthe ; un filet de rouget barbet avec une sauce café, câpres, basilic séché et spaghetti de pommes de terre ; des tagliolini avec du pigeon, des olives, des herbes sauvages ; un onglet avec asperges, cerises, crème de fèves ; des pruneaux avec noix de pecan et coriandre, pain perdu et glace au lait fermenté ; une glace rhubarbe sureau avec des fraises.

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Que d’accords étonnants, que de saveurs joliment assemblées qui éclatent en bouche, une belle découverte.

Deuxième épisode : un déjeuner chez Kei, le restaurant du chef Kei Kobayashi

Cette fois, hésitation entre le menu déjeuner relativement abordable et un autre, plus exceptionnel : on choisit ce dernier vu la circonstance festive. Le maître d’hôtel nous explique la sobriété du décor car tout est dans l’assiette, nous donne quelques clés de la cuisine de Kei. Puis l’émerveillement démarre : des amuse-bouche (cake salé avec crème de poivron et chorizo) aux desserts (« qui doivent couvrir tout la table » !), ce n’est que beauté, finesse, justesse, originalité des goûts et des textures (avec souvent la recommandation de mélanger pour avoir toute la richesse des accords de parfums. Il y eut une crème de petits pois au cacao ; une asperge en beignet avec des sauces amande et agrumes ; une salade printanière superbe et croquante sur un lit de tapenade, saumon fumé, ; un foie gras accompagné de fraises et autres croustillants ; une sorte d’oeuf basquaise totalement décomposé ; un filet de Saint-Pierre et asperges, fleur de sureau ; un agneau de lait moelleux et croustillant avec caponata et petites croquettes au fromage ; un onctueux chèvre plein de surprise gustative, une dessert fraise et huile d’olive, un sublime tiramisu réinventé, … Mais les composants ne disent rien des sensations que ces bouchées ont procurées. Loin d’être sérieux et compassé, le service est sympathique et nous réserve le plaisir d’avoir parfois le second de cuisine qui vient présenter ses plats.

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Point commun : un fabuleux travail sur les accords de goût et de textures qui ravit mes sens, plus sophistiqué, affiné et visuellement abouti chez Kei mais dans les deux cas, source de grand grand plaisir.

Je ne vous en parle pas seulement pour faire saliver mais parce ces deux tables correspondent à tout ce que j’aime au restaurant : une priorité à ce qui se passe dans l’assiette, une recherche créative pour associer sans barrières des goûts, des textures sans tomber dans une complexité illisible, une attention aux saisons, des plats qu’on est sûrs de ne pas manger chez soi, un service pas guindé, une cuisine qui fusionne des influences multiples pour créer des plats très personnels, de la surprise, de la gourmandise proposée avec générosité, tout cela qui donne l’envie de prolonger (ou renouveler) ces parenthèses enchantant les papilles. Comme dans d’autres lieux que j’aime, la Kitchen Galerie, les Bacchanales, Saquana. Des tables certes chères mais où je suis sûre que l’on se fait davantage plaisir que dans nombre de tables plus étoilées. Je préfère si besoin me restreindre financièrement le reste du temps (ce qui ne veut pas dire mal manger !) et m’offrir ces belles tables de temps en temps.

Et dans les deux cas, la question qui conclut notre perception : a-t-on envie de revenir ? Oh que oui !!! Et très vite !

Et vous, quels sont vos critères de préférence d’un restaurant ? Avez-vous eu de très belles découvertes gustatives récemment ?

NB : les photos ne rendent vraiment pas hommage à la qualité des plats et à leur esthétique.

Rino, 46 rue Trousseau, Paris 11eme, 01 48 06 95 85 ; menu Rino 58 euros.

Kei, 5 rue du Coq Héron, Paris Ier, 0 1 42 33 14 74 ; « Composition 2 », 85 euros (il y a aussi un menu déjeuner « Composition 1 » à 45 euros, un excellent rapport qualité-prix).

9 réponses
  1. Bouton d'or
    Bouton d'or dit :

    Quelle coincidence, nous étions samedi midi chez Kei, par contre nous avons pris le menu déjeuner. C’était ma deuxième visite et j’ai été surprise sans être satisfaite. Un bémol sur l’asperge en beignet qui était à mon goût le plat le moins abouti. La cusine de Kei n’est pas la plus accessible mais c’est ce qui fait son charme et on finit toujours par un dessert génial. En ce qui me concerne, ces derniers mois, ma meilleure découverte reste Cobéa dans le 14ème avec un menu déjeuner à 45 Euros, 75 je crois le soir. Le menu change tous les mois et franchement les plats sont un bonheur en bouche, rien n’est superflu, tout a de l’importance. Le service est impeccable. Les vins proposés sont excellents. Un pur bonheur, à faire et à refaire.

  2. Sarah
    Sarah dit :

    J’ai passé une soirée chez Kei il y a un ou deux ans, mémorable pour l’assiette (et l’addition !) mais le lieu et le service un poil compassé à mon goût m’ont empêchée de profiter pleinement du plaisir.
    Dans les découvertes récentes je recommande Itinéraires, un tout nouvel étoilé qui se trouve dans le 5ème arrondissement. Délicieux. Et plutôt abordable.

  3. Ariane
    Ariane dit :

    @Bouton d’or jolie coïncidence ! tout cela est très subjectif, j’ai vraiment beaucoup aimé le repas, l’asperge n’était pas le plus exceptionnel mais je me suis régalée des assaisonnements. Cobea, oui, sûrement à goûter un jour…
    @Sarah et le soir, cela a vraiment beaucoup augmenté ! Le service a dû changer, vraiment pas compassé, chaleureux et même assez blagueur, entre maître d’hôtel et cuisinier ou avec nous, anecdote : le maître d’hôte avait entendu sur mon téléphone que j’étais diététicienne et a voulu me faire croire qu’il avait briefé le chef pour faire du light ! Itinéraires : j’ai connu Sylvain Sendra dans son petit restaurant de la rue Paul Bert et pour un déjeuner chez Itinéraires (https://www.arianegrumbach.com/archive/2010/04/16/537fd529443b3d32a492d57062e3197a.html ) et j’y retournerai peut-être mais là aussi, les prix ont connu une belle escalade !

  4. Diana
    Diana dit :

    Chère Ariane, je vous recommande également le Roseval, des chefs Michael Greenwold et Simone Tondo (Michael est un ami, disclaimer :), où l’on mange, hume et observe de l’art culinaire pur. La cave est à tomber et ils ont une collection de whisky japonais incomparable. J’aime beaucoup le Rino, vous me donnez envie d’y retourner 🙂 Bien à vous

  5. Ariane
    Ariane dit :

    @Diana merci pour cette recommandation j’en ai entendu parler mais j’attends un peu pour éventuellement le découvrir que le buzz se calme (et la cave : je me limite en général à un verre, le whisky : pas pour moi ;-))

  6. Florian
    Florian dit :

    J’ai aussi eu la chance de découvrir ce restaurant cet été. J’ai presque eu les mêmes plats que vous et c’était vraiment une expérience fabuleuse ! Tout était parfait et cela pour un excellent rapport qualité prix le midi.
    Une autre adresse que je recommande si vous avez apprécié Kei, c’est Toyo, le restaurant tenu par l’ancien chef de Kenzo. Le must est de pouvoir manger au comptoir et voir son plat se préparer sous nos yeux 🙂

  7. Ariane
    Ariane dit :

    @Florian merci beaucoup pour ce commentaire qui me permet de découvrir votre blog : un autre passionné du Japon et de sa cuisine ! Entendu parler de Toyo en effet mais pas goûté pour l’instant

  8. Anne-Sophie
    Anne-Sophie dit :

    Bonsoir Ariane
    J’ai enfin eu l’occasion d’aller dîner chez Rino. Quelle découverte ! C’est aussi ce genre de restau que j’adore : tout dans l’assiette, aucun chichi, pas de mise en bouche ou autres petites gourmandises qui expliqueraient des prix élevés.
    Moi, je me suis contentée du menu de quatre dégustations et même si les portions sont petites, ce fut largement assez. Nous nous sommes régalés et avons découvert des associations étonnantes.
    Un seul bémol : les tables collées les unes aux autres…
    Et surtout très grande déception d’apprendre que le restaurant ferme le 22 mars. J’espère que le chef a d’autres ambitions, dans le même genre à Paris. En tout cas, merci Ariane de ce conseil gourmand.

  9. Ariane
    Ariane dit :

    @Anne-Sophie merci pour ce partage et ravie que vous ayez aimé cette belle table. D’après ce que j’ai compris, cette fermeture viserait à trouver un autre lieu dans Paris, plus spacieux, côté cuisine mais j’imagine en salle aussi !

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