Février 2015 : je plonge dans la Cuisine Populaire

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Ariane Grumbach - L'art de manger

Petit retour sur les bons côtés, les jolis moments de 2015, ceux dont je n’avais pas pris le temps de vous parler sur le blog, et ils vont nous amener tranquillement à la fin de l’année.

En février, j’ai eu la joie d’assister à un très intéressant colloque organisé par l’OCPOP (Observatoire des Cuisines Populaires)* autour de la transmission culinaire. Cet Observatoire, initié en 2011 par le journaliste Eric Roux, a un site intéressant et regroupe divers professionnels de l’alimentation. Je les lis régulièrement et j’aime beaucoup leur approche de la cuisine populaire qui rejoint ma conviction qu’on peut cuisiner simple et bien manger au quotidien.

Outre le plaisir de croiser de multiples têtes amies de la foodosphère dans la salle, j’avais apprécié les conférences intéressantes, animées par Eric Roux. On nous a présentés les résultats d’une étude IFOP sur les pratiques de cuisine et leur apprentissage, avec aussi un éclairage du sociologue Thibaut de St Pol. Il en est ressorti par exemple qu’une majorité de personnes aime cuisiner, que la transmission est d’abord familiale puis se « métisse » entre conjoints. Mais il n’y a pas encore égalité dans la transmission. On pense d’abord à initier la fille et ce sont toujours les femmes qui cuisinent le plus. Avec une progression toutefois des hommes jeunes. Mais de ce fait, je perçois une certaine insatisfaction chez quelques patientes, avec une pointe d’amertume parfois : à elles, la cuisine du quotidien qui finit par devenir une corvée et à eux, souvent, la cuisine détente du week-end, les repas d’amis et donc aussi, les compliments… Pas juste ! Et certain(e)s, je le vois bien, n’ont pas eu de transmission de savoir-faire culinaire et se trouvent démunis.

Il y aussi eu des échanges sur transmission et respect strict des recettes, sur le cuisiner ensemble comme symbole du vivre ensemble. Eric Roux a rappelé que notre cuisine s’était métissée au fil du temps et qu’il n’y avait pas de raison que cela s’arrête (cf le goût des Français pour le couscous ou les lasagnes) : connaître la tradition oui, mais ne pas s’y accrocher avec rigidité, a-t-il suggéré. La cuisine n’est pas figée et il a donné l’exemple d’une personne turque qui avait mis la blanquette « à sa sauce » avec cumin et piment. ou ailleurs, on y met de la citronnelle

On a eu le plaisir d’écouter le grand chef Michel Bras qui a parlé avec sagesse et honnêteté de la transmission à son fils Sébastien, du goût de la tomate farcie et des plaisirs simples comme celui que procure la peau de lait (oh que j’ai détesté cela pour ma part !), de l’odeur de « la soupe de sa maman ». J’ai été bien d’accord avec lui quand il a affirmé que « le plaisir n’est pas lié au luxe du produit ». Il a aussi rappelé une phrase ô combien juste du chef Alain Chapel : « la cuisine, c’est bien plus que des recettes ». Et il a en partie expliqué que le légume soit le parent pauvre des cantines en avouant que « le légume, ce n’est pas simple », et notamment, cela vit assez mal le réchauffage.

Puis la parole a été donnée à « Françoise Bernard » (pas son vrai nom), qui a sorti son premier livre de recettes, 1952 et en a vendu des quantités énormes. Sa mère lui avait appris à cuisiner, les pro lui appris à le faire « convenablement » et elle s’est efforcée de rendre accessible la cuisine en se situant entre les deux : la cuisine de sa mère « trop simple » et celle des cuisiniers qui utilisent des mots « pas compris par tous ».

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Elisabeth Scotto, auteure culinaire, a paru savoir jongler à merveille entre mémoire familiale, tradition et usage des technologies modernes. Elle recommande surtout d’être curieux, de poser des questions sur les produits chez les commerçants, sur la cuisine…Et « les recettes ne sont pas faites pour être suivies », on doit se les approprier, et que cela devienne NOTRE recette. Probablement pas possible d’emblée pour tous…

Guillaume Bapst, directeur de l’association ANDES, dont j’admire la dynamique et utile activité, a présenté ce réseau d’épiceries solidaires. Leur but est de donner envie à des personnes de se réapproprier leur alimentation, de se faire plaisir et d’avoir accès à une offre de qualité avec du choix, comme dans une vraie épicerie. L’ANDES anime des ateliers de cuisine à travers « La Compagnie des Gourmands » qui offre aux parents et enfants la possibilité de cuisiner ensemble. Quoi de mieux pour transmettre ? L’association Kialatok propose, elle, des ateliers culinaires ouverts sur les cuisines du monde, favorisant la transmission culturelle par la cuisine.

Au global, un moment riche de beaux partages, qui a fait écho à un billet où je m’interrogeais justement sur la transmission culinaire. Mais j’en suis ressortie avec la question, qui me titille depuis un moment, comment atteindre et réinscrire dans une transmission plaisante et sans culpabilité, ceux qui ne cuisinent pas du tout ? Comment leur donner confiance dans leurs capacités et leur donner envie de faire plaisir, de partager de bons moments à travers la cuisine ?

Pour conclure, un plaisant petit buffet.

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Pour prolonger ce billet :

Quelques-uns des intervenants ont répondu à quelques questions en vide sur le site de l’OCPOP

Le regard de la journaliste gourmande Caroline Mignot et celui de l’excellent site gastronome Atabula

*L’OCPOP est un organisme initié par Lesieur. Comme quoi les grandes marques de l’agro-alimentaire peuvent parfois bien utiliser leur argent 😉

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